Si un objet devait incarner la nostalgie japonaise génération après génération, ce serait sans doute les cartes menko. Ancêtres des cartes à collectionner et des POGs, elles cristallisent le passage d’un engouement à l’autre depuis le XVIIIème siècle.

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Ah les POGs ! Qu’on en ait eu ou non ils évoquent des souvenirs insouciants pour tous les enfants des années 90.
Au Japon, les enfants des années 60 en avaient aussi, mais pas les mêmes (mieux, forcément, « 
les jeunes ne peuvent pas comprendre« ). Ceux de l’avant-guerre aussi, très précieux désormais car ils ont presque tous participé à l’effort collectif de recyclage de papier lors de la seconde guerre mondiale (les restants ont donc une rareté un peu suspecte). Ceux des années 20 ont été témoins de l’arrivée des stars sportives, et surtout du base-ball, dans leurs illustrations (« en ce temps là, le sport, c’était autre chose !« ). Ceux du début du XXème siècle en ont été privés à cause de cas d’empoisonnement via l’encre, mais ils ne sont plus trop en état de témoigner de leur manque. Ceux des années 90 (mais 1890) avaient vu le carton succéder au bois, au métal, à l’argile… et ne pouvaient donc pas participer à la nostalgie des gosses du début de l’ère Meiji, qui, eux, connaissaient les VRAIES menko, pas comme ces impostures cartonnées ! Foutaises, diraient les gamins d’Edo, dont les menko étaient ornées de guerriers, de personnages historiques et littéraires, de véritables héros, et pas de célébrités bourgeoises, tsun !
Bref, avec les
menko, ce qui importe c’est surtout l’esprit d’une époque qu’elles cristallisent.

Concrètement, on y joue comme aux POGs : c’est l’objet physique qui compte. Il s’agit de retourner ou faire sauter, par diverses tactiques, celles de son adversaire, que l’on gagne ainsi.

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Elles furent tout d’abord rondes, en argile, en métal ou en bois. Le carton s’est généralisé à la fin du XIXème, puis la forme rectangulaire, plus facile à collectionner, dans les années 1920/1930, tandis qu’au contraire, on note quelques tentatives de formes fantaisistes, suivant les contours de l’illustration. La face illustrée suit, comme on l’a vu, les goûts de l’époque mais le dos, lui, conserve souvent une forme délicieusement désuète qui permet de jouer de façon plus appliquée en formant des suites (de calcul, lettres etc…).

menko-card-9En 1991, un livre a été consacré à leurs illustrations : Menko Graffiti, de Takaie Harufuni, et l’illustratrice Yasuyo Kajita, présentée dans le JLS de printemps (disponible chez votre marchand de journaux !) leur fait la part belle dans son évocation poétique du Japon d’antan.