Jusqu’au 21 août, la fondation Ishibashi présente au public parisien les trésors du Bridgestone Museum of Art au musée de l’Orangerie. Du style yôga à l’abstraction radicale, venez découvrir le pilier oriental du pont entre le Japon et la France.

Vous connaissez sans doute le japonisme, cette passion nipponne qui frappe l’art occidental à partir du milieu du XIXème siècle et fait de Monet, Van Gogh ou Whistler nos prestigieux sempai dans le goût pour la culture japonaise. Le style yôga est son pendant lorsque, avec l’ouverture de l’ère Meiji, les artistes japonais découvrent et adoptent les techniques occidentales, le symbolisme, l’impressionnisme, l’expressionnisme… C’est par ce courant trop peu connu que s’ouvre l’exposition des chefs d’œuvres du Bridgestone Museum de Tokyo.

Réminiscence de l'ère Tempo> (1902) - Takeji Fujishima
Réminiscence de l’ère Tempo (1902) – Takeji Fujishima
Paradis sous-marin (1907) - Shigeru Aoki
Paradis sous-marin (1907) – Shigeru Aoki

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Bridgestone », fleuron de l’industrie japonaise, n’est que la traduction littérale du nom de son créateur, Shojiro Ishibashi qui, par son intelligence de l’époque et sa curiosité artistique incarne parfaitement le génie de l’ère Meiji. En 1954 il présente sa collection personnelle dans le musée qu’il fonde à Tokyo et que son fils et son petit fils, aussi passionnés que lui, auront à cœur de nourrir de nouveaux chef-d’œuvre avant gardistes.
Ainsi, après le style yôga, ce sont de célèbres toiles françaises qui reviennent quelques mois au pays : quelques danseuses de Degas, quelques Nymphéas de Monet (que les amateurs de pastel style apprécieront et pourront photographier sans peine grâce à l’excellent éclairage : il n’y a pas de sotte façon de s’intéresser à une expo !), du Courbet, du Van Gogh… bref, un résumé en quelques salles du prestige de notre art… et même un petit Moreau qui fit ma joie !

 

Nature morte au chat (1939-40) - Tsuguharu Fujita
Nature morte au chat (1939-40) – Tsuguharu Fujita
Nature morte à tête de cheval (1886) - Paul Gauguin
Nature morte à tête de cheval (1886) – Paul Gauguin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, avec l’abstraction radicale de Soulages, Kazuo Shiraga, Zao Wou Ki, la dernière salle est une déflagration de puissance. La maîtrise technique la plus aboutie (remarquable, par exemple, dans Kannon Fudara Jodo de Shiraga) s’affranchit absolument pour n’être qu’émotion pure et saisir le spectateur au plus profond.

Il n’est pas trivial de saluer le remarquable travail muséographique : la justesse des lumières (tant d’expositions noient les œuvres soit dans une clarté aveuglante non adaptée à leurs texture, soit dans une pénombre faussement trendy), l’intérêt et la sobriété des cartels (là aussi, un véritable soulagement, contre la tendance générale au verbiage incertain) et la perfection éditoriale du catalogue.

Kannon Fudara Jodo (1972) - Kazuo Shiraga
Kannon Fudara Jodo (1972) – Kazuo Shiraga
07.06.85 (1985) - Zao Wou Ki
07.06.85 (1985) – Zao Wou Ki

 

 

 

 

 

 

 

Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries (côté Seine), 75001 Paris
de 9h à 18h tous les jours sauf le mardi