Dernier regard sur la présence japonaise au 69ème Festival de Cannes, aussi discrète que classieuse.

De manière paradoxale, c’est à travers les films coréens de la Sélection Officielle que la présence japonaise s’est le plus faite sentir cette année. Dans Mademoiselle, Park Chan-wook (Old Boy), en situant l’action de son thriller érotique dans les années 1930 en pleine occupation japonaise, donne une étrange image de son pays, comme fasciné par le tyrannique voisin nippon. Il y met notamment en scène un riche collectionneur d’ouvrages antiques, aussi raffiné que pervers, qui pousse son admiration pour le Japon jusqu’à effacer toute trace de culture coréenne chez lui et à se revendiquer comme entièrement japonais. Une manière très ambiguë de parler de la collaboration de certains Coréens dans ces années historiquement troubles, où le Pays du Matin calme était sous la botte japonaise.

Une vision de l’histoire qui résonne jusqu’au présent décrit par Na Hong-jin dans The Strangers (Hors-Compétition) qui met en scène une succession de faits-divers étranges dans une petite ville coréenne. La suspicion des habitants méfiants va se tourner vers l’étranger du titre, un Japonais incarné par le grand Jun Kunimura (vu dans Outrage de Takeshi Kitano ou dans Kill Bill de Quentin Tarantino). Le film se fait alors une virulente dénonciation de la xénophobie d’un pays qui voit encore le japonais comme le diable, et est prêt à accuser l’étranger de tous les maux.

Jun Kunimura
(c) Elvire Rémand

À travers le cinéma coréen, ce sont deux visions du Japon et de son histoire que nous a offert Cannes, avec un regard étonnement extrêmement critique. Si vous avez l’estomac bien accroché, vous pouvez découvrir The Strangers de Na Hong-jin le 7 juillet en salles et Mademoiselle de Park Chan-wook le 5 octobre.

Pour le reste, c’est vers Un Certain Regard qu’il fallait tourner le nôtre pour voir des films japonais. Après la tempête de Hirokazu Kore-eda a réussi à nous séduire mais est reparti bredouille de la compétition parallèle. Vous pourrez vous faire une idée du film lors de sa sortie en salles début 2017. Fort heureusement, le formidable Harmonium, qui place son réalisateur Kôji Fukada parmi les grands réalisateurs japonais d’aujourd’hui, repart avec un Prix du jury Un Certain Regard plus que mérité. Cela laisse espérer une future Sélection en Compétition Officielle pour le prochain Fukada, dont le tournage est imminent (il nous en parle dans son interview). D’ici là, vous pourrez découvrir à quel point Tadanobu Asano peut être aussi séduisant que terrifiant en salles courant 2017. Et avec un peu de chance, on devrait voir un peu avant le précédent film du réalisateur, l’excellent et toujours inédit Sayonara.

Enfin, le charmant La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit, co-produit par Ghibli et dont le directeur artistique n’est autre qu’Isao Takahata, repart de Cannes avec le Prix Spécial Un Certain Regard. Vous pourrez aller le voir au cinéma et en famille dès le 29 juin prochain.

La présence japonaise fut donc discrète cette année, mais a tout de même brillé par sa qualité, comme le prouvent les prix récoltés par le Japon à Un Certain regard, et l’imminence des sorties en salles de tous ces films en France. On espère tout de même une sélection en compétition officielle l’an prochain : comme l’a expliqué Nikkatsu, les distributeurs français sont aujourd’hui assez frileux à présenter du cinéma japonais en salles, alors que celui-ci se porte magnifiquement d’un point de vue artistique. Et une Palme d’or pour un pays qui n’en a pas reçue depuis L’Anguille de Shohei Imamura en 1997 pourrait faire bouger les choses chez nous et pousser à la découverte de nouveaux talents.