Harmonium (Fuchi Ni Tatsu) de Kôji Fukada (Un Certain regard)

Ce n’est pas vraiment sous le signe de la franche rigolade que l’on accueille le premier film japonais présenté à Cannes cette année. Et pourtant, Harmonium, le 5e film de Kôji Fukada après les déjà très prometteurs Au revoir l’été (2013) et Sayonara (2015) se présente d’abord comme une « dramédie ». Sa légèreté plaisante rappelle pendant quelques minutes le cinéma de Yasujiro Ozu dans sa description d’une famille monoparentale dont le quotidien est envahi par la présence d’un ex-détenu, interprété de manière terrifiante par Tadanobu Asano. Ses apparitions à la limite du fantastique le présentent comme un spectre robotique, et sa menace se fait de plus en plus oppressante. À tel point que le film bascule dans une tragédie d’une noirceur glaçante.

harmonium

Scindé en deux (nous ne dévoilerons rien de la seconde partie), le film fascine d’abord par sa maitrise formelle, qui inscrit son réalisateur comme l’un des grands peintres du japon contemporain. Il faut voir la bande-son se faire silencieuse pour planter une atmosphère surréelle au sein d’une scène à la quotidienneté la plus banale, ou les couleurs passer du blanc au rouge quand le drame se rapproche pour prendre la mesure de la maîtrise technique du cinéaste. Mais c’est in fine dans sa description du personnage féminin qu’Harmonium bouleverse. Derrière ce qui commence comme un film d’hommes, où deux amis se retrouvent après huit ans de prison, se cache un sublime portrait de mère en souffrance et au bord de l’abîme (comme le suggère le titre original, dont la traduction littérale serait   « Tenez-vous sur le bord »). C’est tout le talent de Fukada que d’utiliser les codes du film de genre pour resserrer son œuvre sur une poignante relation entre une mère et sa fille.

Le film est présenté à Un certain regard, la sélection en marge de la Compétition officielle, qui se donne comme l’un de ses buts de découvrir de nouveaux talents. Avec Harmonium, celui de Fukada, qui s’affirme comme l’un des grands cinéastes japonais d’aujourd’hui est maintenant confirmé. Nous reviendrons sur le film, dont une sortie dans les salles françaises est prévue prochainement, en sa compagnie dès demain.