Alors que le plus célèbre tapis rouge du monde s’apprête à être foulé dès ce soir par la crème du cinéma international à l’occasion de la Cérémonie d’ouverture de la 69ème édition du Festival de Cannes, retour sur une présence japonaise plutôt discrète, en attendant notre couverture dès ce week-end.

L’édition 2015 fut un véritable festin pour l’amateur de cinéma japonais, qui s’est régalé de quatre beaux films toutes sélections confondues :  Notre petite Sœur de Hirokazu Kore-eda en compétition officielle, Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase et Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa à Un Certain Regard ainsi que Yakuza Apocalypse de Takashi Miike à La Quinzaine des Réalisateurs, sans oublier le voyage au Japon proposé par Gus Van Sant dans Nos Souvenirs, actuellement en salles après un accueil aussi houleux qu’injuste. D’emblée, la présence japonaise semble plus effacée sur l’affiche 2016 du festival.

C’est assez rare pour le souligner : aucune pellicule nippone n’aura l’honneur de représenter le pays en compétition officielle. La déception est d’autant plus grande que Kiyoshi Kurosawa a terminé ses deux films de fantômes : La Femme de la plaque argentique et Creepy, que l’on attendait de pied ferme sur la croisette. Quant aux autres grands habitués de la sélection, ils seront bien là, mais pas de montées des marches prévues pour eux. Naomi Kawase, qui a vu sa carrière lancée à Cannes en 1997 en recevant la Caméra d’Or (qui récompense le meilleur premier film), sera dans les coulisses du festival en tant que Présidente du jury des courts-métrages. On sera attentif à ses choix de palmarès, même si l’on ne pourra pas l’accuser de nationalisme, puisqu’aucun court-métrage qui concourt pour la Palme n’est originaire de son pays. Quant aux prolifiques et indispensables Takashi Miike et Hirokazu Kore-eda, ils seront également présents, mais il faudra les chercher ailleurs que dans la Compétition officielle : le premier au Marché du film, le second à Un Certain Regard.

 

Kore-eda : l’habitué 

Sur les 10 films que comptent sa carrière, Hirokazu Kore-eda a vu 5 de ses œuvres présentées à Cannes, et 2 ont même été récompensées : le jeune Yûya Yagira, alors âgé de 14 ans, a reçu en 2004 le Prix d’interprétation masculine pour Nobody Knows alors que Tel Père tel Fils est reparti en 2013 avec Le Prix du Jury. Malgré tout, c’est à Un Certain Regard qu’est présenté,  cette année, son nouvel opus : Après la tempête. Un Certain Regard est comme la petite sœur, moins médiatisée mais aussi passionnante, de la Compétition Officielle. Si les choix de mettre un film dans une catégorie plutôt que dans une autre restent mystérieux, cela ne préjuge en rien de la qualité des métrages, bien au contraire. L’an passé, Naomi Kawase, qui avait été sélectionnée en compétition avec Hanezu, l’esprit des montagnes en 2011, y a présenté ce qui est peut-être son plus beau film : Les Délices de Tokyo.

Poster - France

On retrouve dans Après la tempête les acteurs fétiches de Kore-eda : Abe Hiroshi (Still Walking), Kiki Kirin (I Wish) et Maki Yoko (Tel père, tel fils) dans un drame familiale se focalisant sur un écrivain raté devenu détective privé coincé avec son ex-femme et sa fille à cause d’un typhon. On mise gros sur ce qui est sans conteste notre plus grosse attente du festival : le réalisateur nous avait éblouis l’an passé avec son sublime Notre petite Sœur et on espère un digne successeur à ce chef-d’œuvre.

Fukada : le discret

Mais la surprise pourrait très bien venir d’un autre cinéaste japonais : Kôji Fukada, dont la présence, également à Un Certain Regard, est une belle occasion de mettre en avant un artiste trop rare chez nous, mais à la filmographie passionnante. Alors que l’on attend toujours dans les salles françaises son précédent film, le fascinant Sayonara, déambulation poétique sur fond d’apocalypse nucléaire apaisée en compagnie d’un robot, c’est son nouveau film, Harmonium, que le réalisateur de Au Revoir l’été (2013) viendra présenter sur la Croisette. Son quatrième long-métrage réunit Kanji Furutachi (Au revoir l’été) et Tadanobu Asano (Vers l’autre rive) dans les rôles de Toshio, villageois travaillant dans un petit atelier et Yasaka, son vieil ami sortant de prison, qu’il essaye d’aider au mieux en lui donnant du travail. Mais l’ancien détenu commence à s’immiscer dans la vie privée de Toshio de manière de plus en plus insistante. On n’en sait pas plus sur ce film, mais le parcours et la réputation du réalisateur comme sa sélection inattendue suffisent à éveiller notre curiosité.

 

poster - harmonium

Dudok de Wit : l’anime

Certes, Michael Dudok de Wit est un réalisateur néerlandais et La Tortue rouge, le film d’animation qu’il vient présenter à Un Certain Regard (décidément !) est une co-production franco-japonaise, mais la partie nipponne est suffisamment importante pour nous interpeller, puisque c’est avant tout la nouvelle production Ghibli. Depuis l’annonce de la retraite de son co-créateur Hayao Miyazaki, le mythique studio s’est notamment recentré sur une politique de co-production, dont cette Tortue rouge est le premier jalon et la première sortie depuis  Souvenirs de Marnie qui date déjà de 2014. On est très curieux de voir comment la patte Ghibli va se faire sentir sur cette œuvre aux résonances a priori très européennes. Le scénario, signé Pascale Ferrand (réalisatrice française de Lady Chatterley) suit un homme et sa famille échoué sur une île déserte peuplée de crabes, d’oiseaux et de tortues (dont l’une que l’on imagine rouge). On vous en parlera donc ici avant sa sortie prévue en France le 29 juin prochain.

Miike : Le Marché

Outre ces trois films sur lesquels nous allons revenir pendant le festival, Cannes présente aussi des dizaines de films japonais au Marché du Film. Car le festival est également, et surtout, un immense lieu d’échange et de commerce, où s’achètent et se vendent des centaines de films tous les ans. Les producteurs de tous les pays installent leurs stands dans les sous-sols du Palais et organisent des projections de leurs dernières œuvres aux distributeurs, loin des projecteurs sous le tapis rouge. Les plus grands studios japonais, de Nikkatsu à Toei, de Toho à Kodakawa sont présents et nous profiterons de leur venu pour aller leur demander ce qu’ils amènent cette année à Cannes. Parmi les attentes les plus pressantes, on peut citer le Terra Formars de Takashi Miike, mais l’on espère surtout pouvoir partager avec vous des découvertes inattendues, et pourquoi pas, dénicher les futurs talents qui seront sélectionnés lors des prochaines éditions du Festival dans la jungle du Marché du film.

Rendez-vous la semaine prochaine pour notre carnet de bord spécial cinéma japonais du Festival de Cannes 2016 !