Il n’y a pas que Paris qui se passionne actuellement pour l’art de l’estampe. La ville de Morestel dans l’Isère nous propose depuis cet été une belle exposition consacrée à l’artiste Tsukioka Kôgyo, un des grands maîtres du début du 20e siècle qui contribua au renouveau du genre.

Si l’on reconnaît aujourd’hui l’influence qu’a eu la culture japonaise sur l’art européen du 19e siècle, notamment via le mouvement du Japonisme, nous oublions fréquemment la fascination qu’a suscité à la même époque l’occident sur un Japon sortant enfin de sa politique isolationniste instaurée durant l’époque Edo. Et c’est précisément dans se contexte là, que va voir le jour la peinture de Kôgyo.

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C’est au début de l’ère Meiji (période de grands bouleversements politiques, économiques et sociaux) que naît en 1869 Hanyu Sadanosuke à Tokyo dans le quartier de Nihonbashi.

Lorsqu’il a une quinzaine d’années, sa mère alors veuve se remarie avec le peintre renommé Tsukioka Yoshitoshi, qui adoptera le jeune Sadanosuke lui donnant ainsi son patronyme. Pour partager avec son beau-fils son goût pour le Nô, sujet de prédilection des gravures de l’époque, il lui apprendra son art. Se découvrant alors une passion pour le métier, le jeune artiste ira perfectionner sa technique de l’estampe colorée dans l’atelier du maître Ogata Gekkô, qui selon la tradition japonaise lui donnera le nom de Kôgyo à fin de sa formation.

Hanyu Sadanosuke, devenu Tsukikoka Kôgyo, peut désormais entamer une carrière de peintre à son tour.

Il réalisera plus de 550 estampes tout au long de sa vie, réparties en trois grandes séries, avec pour particularité de traiter uniquement de théâtre Nô. Véritable témoignage historique, sa série cent pièces de Nô, très influencée par l’aquarelle occidentale met en avant les postures d’acteurs et leurs costumes, afin de transmettre au mieux l’émotion ressentie lors des représentations.

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L’on doit cette impressionnante collection d’estampes à l’écrivain Paul Claudel, qui se passionna pour la culture japonaise. C’est durant ses années en tant qu’ambassadeur au Japon (de 1921 à 1927) qu’il commença à collectionner les oeuvres de maîtres comme Hiroshige ou Hokusai, mais c’est à Kôgyo qu’il vouera une réelle admiration, rassemblant une bonne partie des tableaux de sa série Cents pièces de Nô.

C’est donc à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la disparition de l’écrivain que la ville de Morestel (voisine de Brangue où s’était établi Claudel) a organisé tout un cycle d’expositions et conférences consacrées à la vie de l’écrivain.

 

– Ophélie Camélia

Informations:
Tsukioka Kôgyo, Cents pièces de Nô
du 28 Juin ou 25 Octobre 2015
Lieu: Maison Ravier
302 rue Ravier, 38510 Morestel
De 14h30 à 18h 30 (fermeture le mardi)
Téléphone: 04.74.80.60.80
Pour en savoir plus: http://www.maisonravier.fr/