Dans le numéro #2 de Japan Lifestyle, vous avez pu lire un article consacré aux créations intemporelles de Clara Maeda. Retrouvez ici l’intégralité des réponses qu’elle a eu la gentillesse de nous donner, ainsi que davantage de photos des tenues entre France et Japon présentées par elle au défilé « Brume – De la légende au mythe » organisé au MAGIC 2015.

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– Peux-tu présenter ton parcours et ce qui t’a menée à la couture en quelques mots ? Et ce qui a suscité ton intérêt pour la culture japonaise ?

Depuis toute petite, on peut dire que j’ai toujours su cultiver mon monde intérieur, mon imaginaire, qui s’est tout d’abord exprimé au travers de la musique. Ayant un goût prononcé pour les chemins de traverse, j’ai tout d’abord suivi dès la primaire un cursus spécial à mi-temps avec le conservatoire, où je jouais du violon, suivais des cours de solfège, de chant et d’orchestre. Malgré ma passion bien réelle pour la musique, je me suis vite rendu compte en entrant dans l’adolescence que je préférais garder cette activité comme un plaisir et me tournai vers des voies différentes, mais tout aussi artistiques.
Ainsi la couture n’est venue que plus tard, au moment où mon intérêt pour les vêtements anciens et les vieilles chemises de mes arrières grand-mère se transformait en un passage à travers la mode gothique, la porte d’entrée la plus évidente à l’époque, et où je décidais d’apprivoiser une machine à coudre pour la première fois, afin de me faire quelques vêtements. Mes premiers pas, si l’on peut dire.

A cette même époque je suivais au lycée les cours d’une filière en Arts Appliqués, une formation très variée parfaitement adaptée à mes besoins, et c’est là que j’entendis pour la première fois parler du DMA costumier réalisateur, une vraie révélation ! Apprendre à faire des costumes historiques, j’ai juste su en l’espace d’une seconde que c’est ce que je voulais faire, et dès lors je plongeai de plus belle dans mes études afin d’y parvenir.

Ce n’est que quelques années plus tard que je découvrais une photo de famille, où mon arrière-grand-père maternel, tailleur de son état, posait devant sa boutique. Ma grand-mère m’expliqua alors que de son côté comme celui de son mari, leurs parents étaient tous tailleurs ou couturières.
Je compris alors que ma vocation n’était certainement pas le fruit du hasard, et cette découverte me conforta dans cette voie.

Après l’obtention de mon bac STI Arts Appliqués, je me suis donc tournée vers le fameux DMA costumier-réalisateur, mais après une année de prépa et une remise à niveau en couture avec le passage d’un BEP couture floue, je me suis vite rendu compte que je n’aurais pas la force physique de suivre le rythme démentiel du DMA, qui m’aurait obligée de plus à arrêter la musique, chose impensable pour moi.
Ayant malgré tout eu de bons contacts lors de mes stages, je continuai de me former auprès d’un ancien de ce fameux DMA, Yann Boulet des « Ateliers du Saule » (maintenant rattaché aux « Vertugadins »), et après quelques mois, je rencontrai grâce à un ami commun Caroline de Volute Corsets, pour qui je commençai à travailler.
L’histoire continua de plus belle pendant trois années, dont une bonne partie dans l’atelier de la fameuse boutique parisienne.

Seulement, la vie mis sur mon chemin un beau musicien japonais à l’allure de samouraï, et en 2009 je m’envolais vers le Japon pour m’y marier.
Pour être honnête je connaissais peu de la culture japonaise à l’époque, j’avais eu un aperçu de la culture otaku anime/manga à travers de nombreux amis fanatiques, je découvrais tout juste la mode pop et kawaii, mais ce qui suscitait déjà ma curiosité était l’image beaucoup plus traditionnelle du Japon, les paysages montagneux remplis de temples et de jardins, les kimonos, la cérémonie du thé…

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– En tant que française mariée à un Japonais, tu as eu le temps de t’adapter à un mode de vie très différent de celui auquel nous sommes habitués en France ; peux-tu décrire ton expérience (phase d’adaptation, différences flagrantes, points de jonction entre les deux cultures, choses essentielles à savoir) ?

C’est vrai que les cultures françaises et japonaises peuvent paraître très éloignées, et soyons honnêtes, lorsque l’on débarque au Japon sans préavis en tant que petite française, eh bien les premières années, tout n’est pas simple, loin de là !
J’ai eu la chance cependant de tomber dans une belle-famille à la fois très respectueuse des traditions et des ancêtres, tout en étant ouverte sur l’extérieur, et avec laquelle nous avons vécu au total une bonne année, ce qui m’a permis malgré les difficultés de la vie en communauté de me baigner dans la langue japonaise, ou plutôt le dialecte d’Osaka, le « kansai-ben », d’apprendre petit à petit les règles de politesse et de vie.

Ici dire « non » est quasi impossible, il faut privilégier le « nous » plutôt que le « je », savoir s’excuser, à la fois de manière plus légère à longueur de journée avec le fameux « sumimasen » qui sert un peu à tout et va très souvent de de pair avec le « merci », comme de manière plus profonde lorsque vous faites une erreur. Si nous français avons tendance à nous énerver contre nous-mêmes dans ce genre de situations, c’est une attitude incompréhensible ici, il faut donc souffler un bon coup (intérieurement !), mettre son ego de côté et savoir s’excuser clairement et honnêtement.
Il est considéré comme très impoli de montrer ses émotions négatives, il faut donc revêtir son masque social et être capable de « lire l’air », c’est à dire être constamment à l’affût de ce qui se passe autour de soi, comprendre une situation et les pensées d’un interlocuteur sans rien dire ou presque à haute voix.
Finit donc les « pfff », les « roooh » et les roulements d’yeux bien français !

Si cette manière d’évoluer n’est pas toujours facile à mettre en pratique tous les jours, une fois que l’on se plonge à corps perdu dans cette pensée nippone, on s’y sent bien, et en revenir est alors difficile !
J’essaye pour ma part de garder le meilleur des deux cultures : je suis au maximum cette philosophie de vie à la japonaise, tout en essayant d’aller au-delà de ce masque social qui à force donne parfois une impression de superficialité dans les relations, en y ajoutant des petites touches plus françaises, comme être honnête sur mes intentions, dire ce que je pense clairement sans pour autant heurter la personne en face de moi, parler de politique et de questions sociétales lorsque c’est possible, en essayant cependant de ne pas m’emporter dans mon élan, car l’ADN français reprend vite le dessus dans ce genre de situations!
De plus, tout en étant très différents, France et Japon ont un respect mutuel et un amour partagé des bonnes choses de la vie, des arts de la table, du respect des traditions.

Enfin, il faut savoir que le japonais est très souple envers le touriste étranger, à partir du moment où vous êtes respectueux et que vous faites de votre mieux pour suivre les règles de vie japonaises, vous serez très bien accueilli et on ne vous tiendra pas rigueur des éventuelles petites fautes que vous pourriez faire, car les japonais savent bien eux-mêmes que leur culture et leurs règles de politesse et de savoir-vivre sont fort compliquées !

Il y a aussi plus de souplesse envers les étrangers résidents, mais mon mari ne voulait pas que je reste toujours considérée comme une « gaijin » ici, il a donc été très strict envers moi dès le début, m’inculquant la politesse et les règles de vie parfois de manière forte, me laissant très peu de répit, ce qui fut dur les premières années, mais je sais qu’il l’a fait pour mon bien, et je dois dire qu’aujourd’hui c’est en bonne partie grâce à cela que je peux évoluer de manière très naturelle dans la vie de tous les jours comme dans mes activités traditionnelles.
Si je ne peux changer mon apparence, et qu’au premier abord je serai toujours étrangère, l’attitude des gens change très vite, et ils semblent souvent oublier qu’ils s’adressent à une française, ce qui est fort appréciable et me prouve que mes efforts n’étaient pas vains.

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– En tant que créatrice, tu t’inspires de la mode et des traditions de ton pays d’origine à celles de ton pays d’adoption. Qu’est-ce qui rend possible une intégration cohérente d’éléments de deux cultures qui semblent si opposées ?

Au-delà de ces différences culturelles de la vie de tous les jours, le Japon et la France ont tout de même un lien très fort depuis la fin du XIXème, l’impressionnisme et le japonisme. La France s’est nourrie du Japon et inversement.
Au niveau de l’art et du design en général, ainsi que du vêtement, tout en étant très différents, les deux pays ont tout de même beaucoup de choses en commun, comme l’amour du détail et du savoir-faire.

Si encore de nos jours la France adopte de plus en plus le Japon et sa culture pop kawaii, certains mouvements de cette culture comme le Lolita sont eux-mêmes inspirés de la mode française baroque et victorienne. Il y a donc une interaction et un échange constant entre ces deux pays.

Pour ma part, j’avais dès le lancement de mon activité envie de mixer mes deux cultures, mais pour moi il est impossible de faire un mélange réussi si on ne se nourrit pas des bases même d’un vêtement, de sa découpe, sa construction, de la façon dont on le porte. Ne connaissant encore que peu de choses sur le kimono à l’époque, je gardai cette idée en tête, me concentrant sur ce que je savais faire, et c’est naturellement, depuis que j’ai commencé les cours de wasai (confection du kimono) et de kitsuke (habillage du kimono) que j’ai commencé à intégrer de plus en plus des touches japonisantes dans mes créations.

Pour moi, la réussite d’un bon mélange est donc de ne pas s’arrêter à la couche superficielle d’un vêtement, en prenant un élément par ci et en le collant tel quel sur tel autre, par exemple coller tel quel de longue manches de kimono sur une robe 18ème dont les manches sont d’ordinaire ajustées, cela n’aurait pas de sens, il faut chercher les similitudes dans les tissus, dans les détails, voir quel peut être l’élément de bascule et apporter des touches extérieures avec parcimonie.

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– Tu prends, en parallèle de ton activité de créatrice, des cours de couture traditionnelle japonaise. Comment se passent-ils ?

J’ai la grande chance d’avoir une professeure particulière chez qui je me rends une fois par semaine pour environ 3h de pratique. Elle est à la fois très gentille et bienveillante, mais très stricte sur le travail et les détails, ce qui est la meilleure façon de progresser !
J’ai commencé mes cours avec elle il y a un peu plus d’ 1 an et demi, et je viens de finir mon premier kimono « awase » (kimono entièrement doublé), après m’être d’abord exercée sur le yukata en coton, le hitoe en laine (kimono simple épaisseur) et le nagajuban en soie (sous-kimono).
Il a fallu tout d’abord m’entraîner à la technique de couture à la main qui est très différente de la nôtre : plutôt qu’un dé enfilé sur le bout du doigt, nous utilisons une bague de cuir qui se place sur la deuxième phalange du doigt qui sert à pousser l’aiguille, tandis que le pouce et l’index se relaient pour faire sortir l’aiguille sur l’envers ou l’endroit du tissu, et c’est la main gauche qui fait beaucoup du travail, en tirant légèrement le tissu pour le tendre, et en faisant un mouvement de balancier de haut en bas. C’est le tissu qui s’enfile sur l’aiguille, elle presque immobile, plutôt que l’inverse lorsqu’il s’agit de couture européenne.
Au-delà de cette différence dans la technique de couture, il y a pas mal d’autres outils utilisés uniquement en wasai, des points bien précis et spécifiques que je n’avais jamais utilisés avant.
L’apprentissage démarre toujours avec les tissus fins « rigides » et non élastiques, plus facile à travailler, pour ensuite aller vers les soies plus délicates, plus souples et légèrement élastiques, qui demandent beaucoup plus de maîtrise.
De même, on commencera plutôt avec des tissu unis ou aux motifs « komon » présents sur tout le tissu, que des kimonos comme les « houmongi » qui ont des motifs partiels qui doivent se continuer d’une pièce à l’autre, et pour lesquels il faut être précis au demi-millimètre près afin que le motif soit parfaitement ajusté.
Enfin, comme bien entendu tout se fait en japonais, j’ai dû m’accrocher au début pour comprendre comme pour m’exprimer, mais aujourd’hui tout le monde autour de moi me fait remarquer que j’ai fait des progrès énormes en japonais depuis que j’ai commencé ces cours, une conséquence des plus appréciables, donc!

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– De quelle façon mixes-tu ce qu’ils t’apportent avec les techniques européennes auxquelles tu as été précédemment formée ?

Comme je le disais plus haut, ces cours me permettent surtout de comprendre l’essence et la structure même du kimono, ce qui m’aide surtout dans la création et le design de nouvelles pièces. Pour la couture en elle-même, si je ne réutilise pas forcément telles qu’elles des techniques issues du wasai, il est sûr que cela m’amène à encore plus de minutie, de compréhension de la matière. On peut trouver quelques similitudes avec la corsetterie, dans la façon de travailler le tissu et ses différentes couches entre elles, où donner plus de lâche au tissu extérieur, ou au contraire à la doublure, afin de suivre au mieux les courbes du corps.

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– Comment as-tu rencontré ta professeure ? T’a-t-il été difficile de trouver une personne qui veuille partager un savoir artisanal avec toi ?

Au Japon, il y a un terme très important qui est le « shoukai », ou en français le fait de présenter quelqu’un à une autre personne. La personne qui présente sera aussi responsable ou presque que la personne présentée, c’est donc un gage de confiance dont il faut être respectueux et se montrer à la hauteur. Déjà en tant que japonais, beaucoup de choses ne peuvent se faire sans une présentation par un tiers en bonne et due forme, c’est donc encore plus vrai pour un étranger.
Si j’ai pu rencontrer ma professeure c’est grâce à ce shoukai, qui se fait de plus parfois en plusieurs étapes, comme ce fut le cas pour moi.
Ma belle-mère en a d’abord parlé au moine de la famille qui vient prier chaque mois pour les ancêtres de la maisonnée, qui en a ensuite touché mot au patron de la maison de kimonos (gofukuyasan) où il se fournit, qui en a lui-même discuté avec leur couturière principale, aka Tanida Sensei, qui a accepté de me rencontrer.
La rencontre s’est ensuite faite au gofukuyasan, en présence du patron. J’étais accompagnée de ma belle-famille lorsque nous nous apprêtions à entrer, et que j’ai vu arriver une petite grand-mère d’à peine 1m50 sur son scooter, qui s’est garée et m’a souri.
Une fois tous à l’intérieur, les choses ont été rapides et efficaces, j’avais ramené quelque uns de mes travaux comme demandé, que Tanida Sensei a inspecté presque en silence à part quelques « hmm… je vois », puis elle a déclaré qu’elle était une simple couturière et non une professeure et que donc elle me ferait venir chez elle pour m’apprendre pendant qu’elle-même travaillerait de son côté, plus comme une apprentie, et que dès lors, elle ne me ferait pas payer mes leçons. Moi qui m’inquiétais du coût de ces leçons, et du fait de pouvoir me les offrir ou non, sachant que les cours touchant aux savoir-faire traditionnels sont souvent très onéreux, j’étais pour le moins surprise autant que soulagée, avec la volonté de bien faire encore plus présente.
Depuis, tout se passe pour le mieux, elle ne m’a jamais fait sentir comme une étrangère, nous travaillons ensemble comme deux couturières qui se comprennent et se ressemblent sur beaucoup de points, dans nos caractères comme dans notre façon d’envisager le travail ou de le vivre au jour le jour.
C’est une personne que j’apprécie énormément.

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– Le kimono passe pour le vêtement emblématique du Japon, que peux-tu nous dire sur son port à l’heure actuelle ? 

Contrairement à la mode française qui a énormément changé au cours des siècles, dans les formes, les coupes, la façon même de modeler le corps, le kimono lui, s’il a connu une évolution et différentes façons de le porter, n’en reste pas moins le même aujourd’hui et doit se confronter au monde moderne pour continuer d’exister.

En effet, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, et l’occidentalisation progressive du Japon, le kimono a peu à peu été délaissé pour des vêtements plus simples et rapides à porter. Le kimono nécessite au grand minimum une vingtaine de minutes et un savoir-faire pour son habillage, son entretien, et ce savoir-faire se perd malheureusement de plus en plus. Si pour la génération des jeunes femmes des années 50 il était tout à fait normal et commun de confectionner, entretenir et bien sûr porter ses propres kimonos, on remarque que déjà la génération suivante de femmes ayant aujourd’hui entre 60 et 70 ans ne sait pas forcément comment porter le kimono dans les règles de l’art, loin de là, ou si elles l’ont su l’ont oublié par manque de pratique, quant aux trentenaires et quarantenaires d’aujourd’hui il est très rare qu’elles aient reçu cet enseignement, et pour finir, chez la majorité des jeunes filles, il est rare qu’elles aient ne serait-ce que porté le kimono plus de deux ou trois fois dans leur vie, à l’occasion de cérémonies comme « shichi-go-san » ou « seijin no hi ».
De même, lorsque vous marchez dans la rue, si vous avez la chance d’apercevoir une dame en kimono, il sera rare qu’elle ait moins que la soixantaine ou la cinquantaine.

Il suffit de voir le marché de l’occasion au Japon, dans les magasins de seconde main comme sur internet, pour comprendre à quel point le port du kimono se perd. En effet, si l’on trouve autant de kimonos magnifiques en plus ou moins bon état pour des prix parfois dérisoires, c’est dû au fait que les enfants des personnes âgées décédées ne savent plus porter le kimono, ne trouvent pas d’intérêt ou n’ont pas suffisamment de place pour garder les collections de kimonos de leurs parents ou grands-parents, et s’en débarrassent donc dans ce genre de magasins.
Quant aux kimonos neufs réalisés sur mesure, il me suffit de discuter avec ma professeure pour savoir que plus le temps va et plus les commandes diminuent.

Malgré tout, même si nous sommes peu nombreux/ses, la jeune génération se bouge peu à peu pour se ré-approprier le kimono. On dénombre quelques designers dont les kimonos, s’ils sont malheureusement souvent cousus à la machine, ne manquent pas d’originalité, entre tradition et modernité, avec pour certains des touches kawaii, quand pour d’autres les motifs s’européanisent.
Un peu partout au Japon et parfois même à l’étranger sont organisés des « kimono de Jack », des regroupements de gens qui désirent avoir une raison de sortir en portant le kimono.
Enfin, depuis la parution du magazine « Kimono Hime », les jeunes gens ont découvert des façons nouvelles ou rétro de porter le kimono, jouant sur les sous-col, la longueur du kimono, les accessoires etc…un style très apprécié aussi à l’étranger, notamment aux Pays Bas, en Angleterre ou en Amérique.
Selon moi, il faudra compter sur les communautés étrangères pour faire perdurer le goût du kimono à l’avenir, et j’espère pour ma part faire ce que je peux pour partager mon savoir acquis en France.

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– Pour une bonne part, tes créations sont des pièces uniques réalisées sur mesure et tu attaches une grande importance aux détails ; on retrouve cet esprit de travail à la fois dans l’artisanat japonais et dans la haute couture française. Dirais-tu qu’il y a des ponts à établir entre ces deux secteurs d’activités à première vue éloignées ?

En effet, je pense que mon style est assez détaillé et travaillé, j’aime créer des vêtements aux nombreuses lignes et découpes, apporter de la matière en mixant différents matériaux et tissus, même sur un camaïeu de couleurs très proches ou avec une teinte unique. Faire une robe dans un seul et même tissu est impensable pour moi !
Je n’aurais pas la prétention de comparer mon travail à de la haute couture, loin de là, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a effectivement des similitudes entre la haute couture française et le savoir-faire du kimono au Japon.
Cette ressemblance est particulièrement forte dans le fait que pour un même vêtement, il y ait de nombreux spécialistes qui créent chacun grâce à leur savoir faire une étape du vêtement final.
En France nous avons les modélistes, les brodeurs, les confectionneurs de galons, de fleurs en tissus, etc etc…souvent il s’agit d’ailleurs de grandes maisons qui continuent de transmettre et de faire perdurer leur propre savoir faire, comme la maison Lesage pour les broderies par exemple.
Au Japon de même, il y a les tisserands, les teinturiers, les artisans de la peinture sur soie, les confectionneurs, les brodeurs, les spécialistes de la dorure, du « kamon » (insignes familiaux présents sur certains types de kimonos) etc…Pour chaque kimono comme pour une robe haute couture, le vêtement passera ainsi de main en main, jusqu’au résultat final.
Autant de savoir-faire qu’il faut absolument continuer de chérir et de préserver.

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Les photographies de cet article ont été prises au jardin Princesse Grace à Monaco lors du MAGIC 2015. Photographe : Alexandra Banti. Make-up : Raoul Alejandre et Vanessa Brooke Lopez. Coiffure : Margaux Genest. Modèles : Hana Bolkonski, Heima, Lanivia, Sirithil, Nella Fragola, Priscilla, Klara.
Retrouvez les explications plus détaillées de Clara sur chaque robe sur son blog !