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Umimachi no Diary, l’affiche japonaise du film

 

La sélection cannoise vient de tomber et (sans surprise?) le dernier Koreeda en est ! Si vous ne le connaissez pas encore, Hirokazu Koreeda de son nom complet est sans doute le plus grand cinéaste nippon contemporain. Né à Tokyo en 62 et Diplômé de l’université de Waseda, il commence sa carrière dans les années 90 à la télé et par le documentaire. Ces débuts vont diriger sa carrière car ce qui caractérise le cinéma de Koreeda c’est bien cette touche réaliste voire naturaliste. Certains iront jusqu’à dire qu’il est le digne successeur de Yasujirō Ozu – célèbre cinéaste Japonais du début du siècle – par sa façon de raconter des histoires ancrées dans la réalité de la société Japonaise contemporaine. Cela dit les thématique de l’oeuvre de Koreeda lui sont propres et c’est en cela qu’il s’éloigne de son « maître ».

C’est en 2001 que Koreeda met les pieds pour la première fois sur la Croisette avec Distance. Ce film qui suit un groupe d’adolescent revenir sur le lieu d’un massacre annonce déjà les thèmes qui allaient jalonner la filmographie de l’auteur : le deuil, le détachement de l’autre, le passage (ici à l’age adulte), les relations personnelles, et l’enfance en toile de fond. C’est avec Dare mo shiranai (Nobody Knows) qu’il revient à Cannes en 2004 avec une histoire tirée d’un fait divers. Il raconte ici comment quatre frères et sœurs – dont chacun des pères respectifs est absent –vont se mettre à vivre seuls après la disparition soudaine de leur mère. Une œuvre forte et touchante qui annonce sans doute l’un des sommets de l’auteur. Le jury de cette année donnera le prix d’interprétation au jeune Yagira Yuya qui interprète l’ainé des frères. En 2009 c’est dans la sélection Un certain regard que le cinéaste revient pour présenter un ovni dans sa carrière : Kuki Ningyo (Air Doll), une fable de science-fiction adaptée du manga fantastique de Goda Yoshiie. Ici, Koreeda abandonne le réalisme mais n’abandonne pars la poésie pour autant, afin de nous raconter ce conte aussi beau qu’étrange.

Il faut attendre 2013, Sochite Chichi ni naru (Tel père, tel fils) et Steven Spielberg pour que Hirokazu Koreeda reçoive son premier prix cannois. Cette histoire d’un père qui apprend que son fils n’est pas son fils biologique – celui ci ayant été échangé à la naissance – reçoit le Prix du jury. Un prix venant couronner une filmographie qui s’est construite au fil des années, et qui n’a pas fini de nous enchanter. Mais parce que la carrière du Japonais ne se résume pas à ses passages cannois on peux citer Aruitemo, aruitemo (Still walking) magnifique chronique d’une famille, centrée autour de la perte d’un fils lors d’un sauvetage en mer. Le cinéaste porte un regard à la fois tendre et critique sur les valeurs familiales et traditionnelles japonaises. En 2011 il signe son plus beau film avec Kiseki (I wish : nos veux secrets), l’histoire de deux frères séparés par le divorce de leurs parents, qui décident de se rejoindre sur la ligne de train express, là où les trains se croisent et où un miracle pourrait peut-être arriver. Un film fort sur l’innocence de l’enfance, plaidoyer formidable sur la force de l’imagination et sur la nécessité de l’espoir.

C’est donc aujourd’hui Umimachi Diary (Notre petite sœur) qui est sélectionné à Cannes et concourt pour la course à la Palme d’or. Un cinquième film sélectionné et une cinquième chance de décrocher la récompense suprême. Une nouvelle adaptation de manga pour Koreeda, loin de l’univers fantastique de Air Doll. On retrouve dans ce drame familial tous les thèmes chers à son auteur. Une histoire de deuil où trois sœurs vivant ensemble vont se rendre à l’enterrement d’un père qu’elle n’ont plus vu depuis 15 ans, et faire la connaissance de leur demi-soeur. Nul doute que Koreeda aura filmé au plus prés de ses personnages les relations qui les lient et que la question des liens du sang refera surface. En attendant de savoir ce que les frères Coen auront pensé de ce film le 24 mai et de le découvrir en salle en Octobre, on peut d’ores-et-déjà se replonger dans l’œuvre de ce cinéaste incontournable, disponible en DVD.

La sélection officielle : http://www.festival-cannes.com/fr/article/61306.html

– Anatole Vigliano